Emploi : reprise réelle malgré les déséquilibres

Emploi : reprise réelle malgré les déséquilibres

Entre 2024 et 2025, l’économie du Maroc a généré 193.000 postes de travail. Sur le plan théorique, le signal est prometteur. Suite à une période ponctuée par des crises successives, telles que la pandémie, la sécheresse et les tensions à l’échelle mondiale, le marché de l’emploi paraît regagner une certaine impulsion.

Cependant, en examinant de plus près les chiffres du Haut-Commissariat au Plan (HCP), on constate une réalité plus nuancée : le Maroc génère des emplois, mais ne parvient pas à rectifier ses déséquilibres structurels.

Une reprise soutenue par la ville et l’emploi salarié

L’urbanisation est le principal moteur de la création d’emplois. 203.000 nouveaux emplois se trouvent dans les zones urbaines, alors que 10.000 disparaissent dans le secteur rural. Le secteur agricole continue de subir les conséquences des conditions météorologiques défavorables, avec une perte de 41 000 postes d’emploi.

Cette progression atteste d’une tendance significative : l’épicentre de l’emploi au Maroc se déplace graduellement vers les activités urbaines.

Un autre changement marquant est que la progression touche majoritairement l’emploi payé, qui a augmenté de 249.000 postes, tandis que l’emploi non rémunéré a diminué. Ceci reflète une amélioration qualitative modérée, avec une diminution du travail familial ou informel au profit de l’emploi salarié.

Le domaine des services demeure le principal fournisseur d’emplois, ayant généré 123.000 postes supplémentaires, en particulier dans les domaines financiers, administratifs et sociaux. L’industrie et le secteur du BTP sont également en progression, attestant de l’importance des investissements et des projets de construction pour la dynamique de l’emploi.

Un taux d’emploi statique, particulièrement chez les femmes

En dépit de ces créations, le taux d’emploi au niveau national reste figé à 43,5%. En d’autres termes, une proportion importante de la population en âge de travailler demeure hors du marché du travail. L’obstacle est particulièrement marqué chez les femmes : leur taux d’emploi diminue légèrement à 19%, une proportion très faible comparée à l’échelle mondiale.

On observe également une détérioration du chômage chez les femmes, atteignant 20,5%, tandis qu’il diminue chez les hommes. Le marché génère des emplois, mais n’arrive toujours pas à inclure de manière significative les femmes, laissant un fossé persistant dans la participation économique.

Chômage : diminution modeste, crise persistante parmi les jeunes

Le taux de chômage est fixé à 13%, avec une légère baisse. Cependant, cette amélioration demeure précaire. Le pays enregistre toujours 1,62 million de personnes sans travail, avec une préoccupation particulière pour les jeunes : 37,2% des individus âgés de 15 à 24 ans sont au chômage, un chiffre qui augmente.

Il est encore plus inquiétant que le chômage se transforme en une situation de plus en plus durable. Environ deux tiers des personnes sans emploi sont touchées par le chômage de longue durée, avec une durée moyenne de 33 mois. Plus de la moitié des personnes au chômage n’ont jamais occupé d’emploi, ce qui indique que l’économie a du mal à accueillir les nouveaux entrants sur le marché du travail.

Le diplôme, un rempart partiel

On constate une baisse légère du chômage chez les diplômés, particulièrement parmi les techniciens et les cadres intermédiaires. Cependant, le diplôme n’assure plus une garantie robuste : les diplômés représentent les trois quarts des chômeurs ayant eu une expérience professionnelle. Ainsi, le problème va au-delà de la simple question du niveau d’éducation et renvoie à l’adéquation entre la formation et les véritables besoins de l’économie.

Un autre phénomène se profile derrière la création d’emplois : l’augmentation du sous-emploi, qui affecte désormais 10,9% des travailleurs actifs. Un nombre croissant de Marocains sont employés, mais ils se trouvent souvent dans une situation insatisfaisante : des heures de travail limitées, des salaires trop bas ou des compétences sous-utilisées.

Le phénomène connaît une avancée dans tous les domaines, en particulier dans le secteur de la construction et de l’agriculture. Cela représente une réalité souvent cachée derrière les données brutes de l’emploi : la précarité ne s’évapore pas, elle se transforme.

Une réelle reprise, cependant le marché demeure toujours en déséquilibre.

Les données signalent que l’économie marocaine génère des emplois et que la structure de l’emploi se dirige légèrement vers une augmentation du salariat et des services. Cependant, les faiblesses demeurent significatives : exclusion durable des femmes, taux de chômage élevé chez les jeunes, augmentation du sous-emploi, déclin du milieu rural.

Il ne s’agit donc plus seulement de déterminer le nombre d’emplois créés, mais aussi de comprendre qui en profite réellement et dans quelles circonstances. Le marché de l’emploi au Maroc se remet progressivement, mais il n’a pas encore résolu ses problèmes de fractures.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.