L’investissement des milliards émiratis au Maroc dissimule une stratégie d’une envergure bien plus large. Un nouveau rapport met en lumière la manière dont Rabat et Abou Dhabi établissent progressivement un partenariat économique reliant le Golfe, l’Europe et principalement l’Afrique.
Le 11 août, le rapport de l’Observer Research Foundation Middle East évoque maintenant une véritable « alliance géoéconomique ». Ceci ne se fonde plus uniquement sur les relations politiques entre les deux monarchies, mais aussi sur le commerce, l’investissement et surtout la connectivité.
Les statistiques fournissent un aperçu de la convergence. Avec un engagement de plus de 15 milliards de dollars dans le pays, les Émirats ont conquis la position de premier investisseur arabe au Maroc. En 2023, le volume d’échanges commerciaux, excluant le pétrole, entre les deux nations s’élevait déjà à 1,3 milliard de dollars, enregistrant une augmentation de 30% par rapport à l’année précédente.
Cependant, le véritable saut quantique se situe ailleurs. Depuis l’accord conclu entre Mohammed VI et Mohammed ben Zayed à Abu Dhabi en décembre 2023, la coopération entre les deux nations s’est étendue sur divers domaines tels que le TGV, les ports, les aéroports, l’eau, l’énergie, l’agriculture, le tourisme, les marchés financiers, le stockage de données, et même le projet de gazoduc Nigeria-Maroc.
Pour ORF, cette convergence croissante de projets trace progressivement un axe beaucoup plus vaste. Les Émirats ont une stratégie d’investissement internationale et des ressources financières, alors que le Maroc possède des infrastructures axées sur l’Europe et l’Atlantique, en plus d’un important réseau économique et diplomatique en Afrique de l’Ouest.
L’un des projets les plus audacieux en la matière demeure le gazoduc africain Atlantique. Estimé à environ 25 milliards de dollars, ce projet vise à établir une connexion entre le Nigeria et le Maroc, en traversant onze autres nations de l’Afrique de l’Ouest. Les Émirats ont officiellement inclus ce projet dans les domaines où ils cherchent à établir une collaboration d’investissement avec Rabat. On peut déjà observer ce raisonnement au sein du Maroc. En 2025, un groupe d’entreprises, dont TAQA Morocco, Nareva et le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, a initié un projet colossal lié à l’eau et à l’énergie : dessalement, transfert d’eau, ajout de capacités renouvelables, centrale électrique au gaz, et une ligne à très haute tension s’étendant sur 1 400 kilomètres. On prévoit que les investissements s’élèveront à près de 130 milliards de dirhams d’ici à l’horizon 2030.



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