Fin août 2026, le nutritionniste marocain Mohamed El Faid a déclaré sur Facebook : «Si vous croyez que le Prophète ne savait ni lire ni écrire, comment Dieu choisirait-il un analphabète dans une terre aride pour transmettre le message ? Ceux qui ont zéro en maths diront : c’est un athée.» De nombreux lecteurs ont interprété le post comme une contestation de la tradition largement répandue selon laquelle le Prophète était oummî, c’est-à-dire illettré. Cette notion n’est pas secondaire dans l’Islam : elle est fréquemment utilisée pour mettre en évidence le caractère miraculeux de la révélation. D’où l’intensité des réactions…
Réputé pour sa formation en technologie alimentaire, Mohamed Faid Belmahjoub est né à Oulad Saïd, à proximité de Settat, en 1955, et a obtenu son doctorat en sciences.
Il a officié à l’IAV Hassan II et est devenu célèbre grâce à l’émission « Nakhl wa Romman », suivi de YouTube. Il intègre dans son allocution des recommandations en matière de nutrition, des références de nature religieuse et des critiques à l’égard des institutions. Cette diversité lui a attiré une grande audience… ainsi que plusieurs controverses, en particulier en ce qui concerne le jeûne des malades ou le Covid-19.
El Faid a rejeté toute faute. À son avis, la déclaration était conditionnelle : il n’aurait pas affirmé que le Prophète était dépourvu de savoir, mais que, « si on admet » qu’il était illétré, Dieu n’envoie pas un messager sans savoir. Il a reproché à ses critiques une interprétation peu approfondie de l’arabe, ciblant le « clergé » salafiste ainsi que les Frères musulmans.
Dans une vidéo, il a affirmé n’avoir « ni manqué, ni manquera » de respect au Prophète. Il a souligné qu’il a retenu le Coran et qu’il en porte la responsabilité, pas les interprétations qui en sont faites.
Mohamed Hassan Ould Dedew, un cheikh en provenance de Mauritanie, a évoqué une « mécréance manifeste » et a exhorté à interpeller le roi Mohammed VI, le Conseil supérieur des oulémas, ainsi que le gouvernement et la justice. Des prédicateurs marocains ont condamné une offense à la stature du Prophète. L’organisme démocratique marocain des droits de l’homme a sollicité le Parquet pour initier une enquête, jugeant que la liberté d’expression doit respecter les constantes religieuses.
Le Prophète est nommé «le prophète illettré» dans le Coran. La plupart des commentateurs détectent un manque de lecture et d’écriture. Certains soulignent également que le terme oummiyyûn fait également référence aux Arabes en contraste avec les gens du Livre. On raconte que le Prophète avait la capacité de dessiner ou de faire dessiner des mots. Le sujet est présent dans la littérature islamique. C’est moins le contenu du débat en soi qui a enflammé la sphère publique, mais davantage le ton, le médium, et l’identité de celui qui l’a réinitié.
Aucun jugement définitif n’a été prononcé. Cet épisode met en lumière une tension persistante au Maroc : jusqu’où un commentateur peut-il questionner une conviction commune sans être accusé de violer une limite sacrée ?



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